Généralisé en 2004 en France, le dépistage organisé du cancer du sein a pour double objectif de réduire la mortalité liée à cette pathologie et d’améliorer l’information et la qualité des soins des personnes concernées. Dans le cadre d’ Octobre Rose, mois dédié au cancer du sein, zoom sur le dépistage avec le Docteur Jean-François Marie, radiologue au Pôle Santé Saint Jean à Cagnes-sur-mer.

Par Coralie Bouisset

Qu’est-ce que le dépistage organisé ?
Le dépistage est un test performant, simple, économique et inoffensif pour la population. Mais attention… Le dépistage n’est pas de la prévention ! Si je fais une mammographie régulièrement, je ne vais pas éviter un cancer mais me placer dans une situation où l’on va pouvoir détecter le plus tôt possible une tumeur. C’est en raison de la fréquence de ce cancer qui s’est majorée au fil des cohortes de naissances, du risque de mortalité et de l’impossibilité de le prévenir que le dépistage a été mis en place. Le caractère « organisé » implique un cahier des charges technique, un contrôle du matériel mais aussi des compétences des professionnels et manipulatrices. Cette action permet de contacter toutes les femmes sans discrimination afin de leur proposer une mammographie gratuite tous les deux ans entre 50 et 74 ans. Les examens complémentaires (échographie, biopsie, IRM) sont également pris en charge par l’assurance maladie et la mutuelle.

L’examen de référence est la mammographie : comment se déroule-t-elle ? 

Une manipulatrice réalise l’acte technique, c’est à dire quatre clichés (deux incidences par sein) pour explorer la glande. C’est ensuite le radiologue qui lit les clichés, sur console numérique dédiée. Enfin, le médecin examine la patiente et décide si une échographie ou des clichés complémentaires sont nécessaires. Les avancées technologiques, elles, sont de plus en plus efficaces, notamment grâce à la performance de la mammographie 3D. Elle n’est pas encore partie intégrante du cahier des charges du dépistage organisé mais nous avons fait le choix de la proposer.

Vous proposez également, au Pôle Santé Saint Jean, une technique novatrice : l’angio-mammographie. En quoi cet examen consiste-t-il ?
Cela se déroule exactement comme une mammographie numérique avec une étape supplémentaire : il s’agit de poser un petit cathéter dans une veine (comme pour un scanner ou une IRM injectée). Nous réalisons l’injection du produit de contraste iodé puis l’examen classique. Nous obtenons une mammographie numérique de qualité identique jumelée à une carte des prises de contraste : l’angio-mammographie met en évidence les zones du sein qui retiennent l’iode car les cellules travaillent plus ou sont plus riches en vaisseaux. Ce sont ces zones actives qui feront l’objet de toute notre attention. Les performances de cet examen sont comparables à celles de l’IRM mammaire. Elle est réalisé au cabinet de radiologie dans un environnement connu avec son radiologue et le résultat est immédiat.

La seconde lecture par l’Apremas est-elle vue comme un moyen de se perfectionner ou appréhender comme un contrôle de compétences ?
La seconde lecture (L2) est un élément incontournable ! Nous souhaitons tous être à 100 % mais le 100 % n’existe pas… C’est donc un bonus. Je suis également deuxième lecteur et notre rôle est double : valider la qualité des clichés fournis et rechercher une lésion passée inaperçue lors du premier filtre. La L2 trouve environ 7 % des cancers diagnostiqués en dépistage organisé dans les Alpes-Maritimes. De plus, la mise en place du dépistage organisé a créé l’un des premiers courants de formation continue obligatoire pour les radiologues et manipulatrices. Le niveau de performances et la qualité des examens de mammographie n’a cessé de s’améliorer et de s’homogénéiser depuis les années 2000.

Quelles seraient, selon vous, les améliorations à prévoir ?
Les améliorations arrivent avec le dépistage personnalisé. Le traitement d’un cancer du sein est individualisé après passage et discussion en réunion pluridisciplinaire de spécialistes (RCP). Mais il est important de parler également des problématiques de l’âge et du premier dépistage. Le premier message ? Dire stop aux mammographies trop précoces avant 40 ans, sans contexte familial à risque. Il y a là une irradiation de la glande qui, cumulée toute une vie, peut générer des cancers radio induits. Le seuil actuel est de 50 ans en France pour le dépistage organisé… On pourrait discuter de l’abaisser à 45 ans. Enfin, il faut sensibiliser nos patientes sur le risque car le pic se situe aux alentours de 65 ans et le cancer reste majoritairement une pathologie liée au vieillissement. Après 74 ans, si elles sont en forme, il faut prolonger par un dépistage individuel tous les deux ans !

Une prise en charge efficace
Au Pôle Santé Saint Jean, toute l’équipe se met à la disposition des patientes pour effacer les angoisses et réduire les délais de prise en charge. En cas de dépistage positif, une prise en charge globale et immédiate est proposée. La tendance? Réaliser sur une journée le bilan diagnostic (biopsie) et extension (IRM, angio-mammographie). Nous proposons une prise en charge personnalisée : surveillance, chirurgie ou possibilité de sénologie interventionnelle. Outre le plateau d’imagerie complet, une équipe pluridisciplinaire (chirurgien spécialisé, cancérologue, psychologue…) est disponible sur le site de consultation.