Depuis un moment, le lien entre trouble de l’enfance et exposition précoce à la télévision est clairement établit par les scientifiques. Pourtant, le désastre ne s’arrête pas. Par fainéantise ou pour éviter un conflit, de nombreux parents laissent leurs enfants, parfois très jeunes, se prélasser des heures devant la télévision. Les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme.

Par Justine Ferrari

Télévision, smartphone, ordinateur et même tablette, les écrans sont omniprésents dans notre quotidien… et n’épargnent pas les plus petits. De nombreux scientifiques font le lien entre les écrans et divers troubles qui touchent de plus en plus de jeunes enfants : problèmes relationnels, de l’attention, de la concentration… Ou dans le pire des cas, absence totale de langage à quatre ans, intolérance à la frustration (surtout quand on leur retire un smartphone) et isolement social en grandissant. Tous les médecins s’étant penchés sur la question sont unanimes : les écrans retardent le développement du cerveau des jeunes enfants.

Une concentration altérée

En effet, l’abus de télévision, tablette et autres nuit aux neurones en pleine construction de nos petites têtes blondes, ce qui affecte leur comportement et leur santé. Deux changements sont en cause : moins de temps passé à découvrir et explorer le monde, et une attention toujours portée vers les écrans. Divers médecins et professionnels ont décidé d’exposer leurs conclusions dans une tribune au « Monde ». Cet extrait illustre leur théorie : « Captés ou sans cesse interrompus par les écrans, parents et bébés ne peuvent plus assez se regarder et construire leur relation. Les explorations du bébé avec les objets qui l’entourent,[…] sont bloquées ou perturbées, ce qui empêche le cerveau de l’enfant de se développer de façon normale. » Ainsi, des retards de développement divers apparaissent de plus en plus chez des jeunes enfants n’arborant pourtant aucune déficience neurologique.

« Les enfants deviennent spectateur du monde et non acteur »

Mais les écrans ont des effets encore plus poussés : des chercheurs ont observé chez les bambins surexposés à la télévision une activité cérébrale plus importante dans l’hémisphère droit, celui qui traite l’information de façon émotionnelle. Cela signifie que l’esprit critique est altéré, la capacité d’apprendre diminue, et ils deviennent plus « passifs » qu’actifs. De plus, ces symptômes peuvent augmenter en grandissant : les enfants de moins de trois ans ayant passé plus d’une heure par jour devant un écran présenteront, à l’âge de 10 ans, une « probabilité plus grande d’avoir des difficultés d’attention et de concentration, de moins bons résultats en mathématiques, et même une obésité ». Ceux-ci sont également moins persévérants et se retrouvent plus souvent dans le rôle de victimes ou de boucs émissaires de leurs camarades de classe. Plus ils restent longtemps devant les écrans avant trois ans, plus ils auront de probabilités de s’isoler ou d’avoir une tendance aux comportements antisociaux lors de leur adolescence.

L’addiction aux écrans peut être la source de pathologies

En mars dernier, le Dr Anne-Lise Ducanda, médecin de la Protection maternelle et infantile de l’Essonne, lançait l’alerte via une vidéo Youtube. Intitulant celle-ci : « Les écrans, un danger pour les enfants de 0 à 4 ans », elle y explique le lien entre écrans et « troubles du spectre autistique ». Recevant de plus en plus d’enfants en consultation, elle constate que, sur 500 enfants, une trentaine présente ces problèmes. Pire, elle observe chez ceux, ayant les troubles les plus graves, des comportements semblables à de l’autisme. Mais ses observations ne sont pas validées par la communauté scientifique.

Retour aux jeux classiques !

Il faut se rappeler qu’avant trois ans, l’enfant se construit en agissant sur le monde. Pour développer ses capacités, celui-ci doit utiliser activement ses cinq sens. Avec la télé, le monde est réduit à ce que l’enfant voit et entend, car il ne peut pas interagir avec. Certes, avec une tablette ou un smartphone, il s’y ajoute le toucher, mais c’est plutôt un effleurement, les autres sensibilités ne sont pas sollicitées : il ne peut ni porter l’objet à la bouche, ni le flairer. Des plus, les parents croyant le laisser aux mains de jeux éducatifs se leurrent : selon le Dr Anne-lise Ducana, « si l’enfant ne sait pas parler, la tablette ne lui apprend rien car les mots sonnent dans le vide, personne ne lui explique avec des gestes le sens de ce qu’il entend. » Il est fondamental de lui permettre de faire des activités créatives, telles que des jouets de construction, de poupée, de ballon… Grâce aux jeux traditionnels, il peut manipuler des objets ayant un poids, un volume, une consistance, une odeur, et apprendre, pas à pas, le monde qui l’entoure. Mais alors, que faire ? L’exposition aux écrans doit donc impérativement être régie ! Bannir les écrans pour les moins de trois ans mais aussi limiter à une heure par jour entre trois et cinq ans… Pour le bien de tous !