Depuis octobre dernier, le CHU de Nice organise une fois par mois un atelier culinaire pour des patients allogreffés. Deux chefs de renom, Christian Plumail et Jacques Chibois, leur apprennent à cuisiner malgré le régime alimentaire strict imposé par les médecins. Des astuces, des recettes… et de la convivialité !

L’allogreffe de moelle osseuse est prescrite comme traitement contre certains cancers de la moelle osseuse ou des ganglions. Après plusieurs semaines d’hospitalisation, les patients rentrent chez eux pour récupérer. Mais l’opération entraîne de grandes contraintes alimentaires. A cause de leur système immunitaire affaibli, ils sont extrêmement vulnérables. Résultat ? Certains aliments sont interdits et une hygiène irréprochable est demandée, pour éviter le plus de microbes possible. En complément du suivi médical et des traitements, l’alimentation devient donc une préoccupation majeure.

Contourner les interdits
Le régime post-allogreffe oblige notamment à tout consommer cuit (viandes, légumes), interdit le lait cru et les crudités… Tout doit être stérilisé au four ou à la javel. Les menus sont donc limités, et les traitements coupent vite la faim. Se nourrir est un véritable enjeu pour ces patients qui peuvent perdre beaucoup de poids et manquer de vitamines, de magnésium… Encadrés par deux chefs professionnels et leur diététicienne, ils apprennent à tirer profit des aliments et à se plier aux restrictions sans se priver. « On reste très vigilant mais on peut se faire plaisir sans aucun problème. On trouve des solutions », explique Christian Plumail. Les astuces des chefs offrent une autre façon de cuisiner, pour retrouver le goût des aliments en toute sécurité : repasser le pain de la boulangerie au four, pour le stériliser, ou manger des salades cuites… Un soulagement pour Eloise, qui vient pour son troisième et dernier atelier. « Les chefs permettent de redonner confiance face aux inquiétudes des patients », affirme-t-elle. Le but ? Poser un maximum de questions. « C’est un temps d’échange en dehors de l’hôpital », souligne Sophie Estran, diététicienne au CHU de Nice.

Retrouver le sourire
Ne plus manger au restaurant, arrêter d’inviter des amis ou s’interdire un café au bar du coin… Que de contraintes qui renferment les patients, déjà très isolés par la maladie. Ré-apprendre à se nourrir, c’est aussi une manière de retrouver le moral et une vie sociale épanouie. Alors, après l’effort, place à la dégustation ! L’occasion de renouer avec le plaisir d’un repas ensemble : « La cuisine est un moment de partage, confie Jacques Chibois. Notre métier, c’est de donner : offrir un sourire, aimer les autres et faire partager. On offre un peu de vie, et c’est le plus grand médicament ». Au menu : une salade de sucrines, carmines et endives cuites et grillées. Pour le plat, la truffe est à l’honneur avec des asperges, dans un potage de céleri ou en accompagnement de pâtes aux fèves de cacao. En dessert, du pain perdu aux truffes, pommes et calvados… Et la diététicienne ne trouve rien à y redire !

Quelques chiffres

  • 1 centre accrédité pour l’allogreffe sur PACA-Est et Monaco : le CHU de Nice
  • 40 à 50 allogreffes par an
  • 20 projets de recherche en cours permettant de proposer de l’innovation thérapeutique, une amélioration de la qualité de vie et de la qualité des soins.
  • 1 équipe pluri-disciplinaire : médecins hématologues, IDE, IDE coordinatrice, IDE d’annonce, AS, ASH,Diététicien, kinésithérapeute, coach sportif, assistante sociale, psychologue