En France, 5,8 tonnes de viande sont consommées chaque année et plus d’un milliard d’animaux tués par an. Des résultats accablants… Mais en constante diminution ! En effet, de nouveaux modes alimentaires apparaissent, notamment chez les plus jeunes. Immersion !

Par Amélie Hamelet

Végétarisme, végétalisme, pesco-végétarisme, flexitarisme, véganisme… Vous ne connaissez peut-être pas certains de ces termes. Pourtant, ils font de plus en plus partie de notre paysage médiatique et surtout alimentaire ! Le nombre de Français tendant à s’orienter vers un régime végétarien est croissant. Ils seraient 10% à l’envisager dans un futur proche. D’après un sondage réalisé en janvier 2016 pour Terra Eco, la population végétarienne serait de 3%. Les vegans, quant à eux, représenteraient environ 2% de la population. Attention cependant à ces chiffres… Beaucoup de personnes s’assimilent à un mode de vie sans pour autant le respecter à la lettre.

Quelques explications…

Le végétarisme est le régime alimentaire le plus connu et répandu. Cependant, on le confond souvent avec le pesco-végétarisme. La différence ? Une personne végétarienne refuse de manger tout aliment issu de chair animale : poisson et viande. Pour les personnes plus réfractaires à tout stopper, ou désireuses d’y aller par étapes, le pesco-végétarisme est donc une alternative. Lacto-végétarisme, ovo-végétarisme, semi-végétarisme… Il existe plusieurs variantes à ce régime. Pythagore en fut l’un des précurseurs. En 530 avant J-C, il théorise le végétarisme puis fonde une école en Italie où il interdit le régime carné à ses élèves. Contrairement aux croyances populaires, ce mode alimentaire ne date donc pas d’hier. Il est même très répandu dans certains pays… En Inde, une étude de 2006 révélait qu’environ 40% de la population était végétarienne. Il s’agit du taux le plus élevé dans le monde, bien qu’il semble que cette tendance commence à s’inverser. Il existe également le végétalisme. Style alimentaire plus poussé puisqu’il interdit viandes, poissons, crustacés mais aussi tous les produits d’origine animale comme les œufs, le lait, le miel… Un mode plus drastique, nécessitant un suivi médical dû aux risques de carences. Autre alimention, peu connue mais beaucoup appliquée, le flexitarisme. Ses aficionados ne sont pas végétariens mais végétalisent au maximum leurs repas. Ils s’autorisent donc quelques écarts mais les évitent tant que possible. Une personne vegan, quant à elle, suit le régime alimentaire végétalien et l’étend à tout son mode de vie. Elle s’oppose fermement à l’élevage intensif et plus généralement à l’exploitation animale. Elle se refuse à porter du cuir, milite contre les zoos et cirques. C’est une personne, implicitement ou pas, politiquement engagée.

Des motivations personnelles

« Je ne me rendais pas compte de l’horreur que cela impliquait ! » Lisa Peyronne, 18 ans, est végétarienne depuis quatre mois. C’est en regardant une vidéo pendant les récents scandales d’abattoirs qu’elle a eu le déclic. Végétarienne oui, mais pas question pour elle d’abandonner certains produits comme le fromage par exemple. « J’ai essayé… Mais j’aime beaucoup trop cela », s’amuse-t-elle.  Artistes, sportifs, bloggeurs… De plus en plus de personnalités médiatisées revendiquent leur nouveau style alimentaire. En début d’année, la youtubeuse beauté EnjoyPhoenix déclarait vouloir « entreprendre un chemin un peu plus végétalien ». Des annonces allant parfois jusqu’à déchaîner les internautes et créer de vrais tapages médiatiques ! Il est alors difficile de savoir qui change par réelle conviction, imite son idole ou encore, ne fait que suivre la tendance. Création de groupes sur les réseaux sociaux, rassemblements dans des restaurants, rendez-vous dans des salons… Le véganisme devient populaire ! Poursuivi par quelques stéréotypes, il est également associé à la « Healthy Food». De quoi séduire ces dames, 10% plus nombreuses à suivre ce régime.

Restaurants, snacks, Fast-Food… De nombreux fonds de commerce éclosent. Des boucheries végétariennes voient le jour, des salons vegan ont lieu. De quoi l’apparenter au maximum au régime carné et le faire de plus en plus connaître. Les marques bien sûr, s’emparent également du phénomène et bon nombre sont adulées par les jeunes.

Plus qu’un phénomène de mode

Jim Buhler, lui, est étudiant en géographie. A 19 ans, il est vegan depuis 14 mois et végétarien depuis un an et demi. Le point de départ ? Un court métrage, « Le jugement », souhaitant faire prendre conscience aux gens des dérives de la société et tentant ainsi de faire changer de vision sur le monde. Réalisé par le lyonnais Maxime Ginolin, il met en scène un procès contre l’être humain dans lequel ce dernier est jugé et puni sur trois sujets dans lequel il a fauté : la santé publique, l’environnement et l’éthique. « Ca a fait tilt, affirme Jim. Mais depuis mes 12 ans, je me demandais déjà comment en était-on arrivés à manger des animaux morts ». Vous l’aurez compris, la principale raison de ces revirements est donc la considération de la souffrance animale. Abattoirs d’Alès, Limoge ou encore non loin d’ici, Puget-Théniers… De nombreuses images chocs ont tourné dans toute la France. On y voit des bêtes peu ou pas étourdies, frappées et écartelées encore vivantes. De quoi créer de nombreux déclics… notamment chez les jeunes. Bien sûr, ces vidéos ne sont pas la seule raison à la non-consommation de viande. De nombreuses religions l’interdisent temporairement ou définitivement. L’Hindouisme, par exemple, avance le caractère sacré des animaux et prône une hygiène de vie plus végétale. De plus, la consommation mondiale effrénée de viande n’entraine pas seulement des effets négatifs sur les animaux. La planète, elle aussi pourrait bien en pâtir. Produire un kilo de bœuf nécessite environ 15500 litres d’eau, l’équivalent d’une petite piscine. D’après les chiffres de l’Organisation des Nation Unies pour l’alimentation et l’agriculture, 14,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre seraient dues à l’élevage. Parmi elles, on imputerait 9,7% aux bovins. Un chiffre plus important que celui du secteur des transports. L’élevage serait également responsable de 70% de la déforestation mondiale. Un kilo de viande nécessite 7 à 12 kilos de céréales. Plus de terres agricoles sont alors indispensables pour nourrir les animaux. Quant à l’épandage de lisier et de fumier, il est également responsable d’une partie la pollution de nos eaux.

Des régimes dangereux ?

Au delà des risques pour l’environnement, c’est bien sûr notre corps qui est mis à rude épreuve. Pour Ysabelle Levasseur, diététicienne-nutritionniste à Cannes, « il est possible d’être végétarien. Le végétalisme, en revanche, présente plus de risques carentiels par déséquilibre d’apports. Il est donc important de consulter un professionnel de santé (inscrit à l’agence régionale de santé) afin de valider avec lui l’absence de risque ou de contre indication et de se faire conseiller les bons choix alimentaires pour éviter les carences.» Le risque premier ? L’anémie. « Elle conduit à être plus sujet et plus sensible aux infections. Une grosse fatigue survient, poursuit la diététicienne. Les enfants, eux, peuvent subir des dommages sur leur développement cérébral lié à des apports insuffisants en fer ». Résultat ? Des populations spécifiques devraient être clairement exclues de ce type de régime alimentaire tels que les enfants, les personnes âgées mais également les femmes enceintes. Bien sûr, ces régimes ne conduisent pas automatiquement à l’apparition de pathologies. Ce sont tout de même des possibilités à surveiller et prendre en considération ! De la même façon, supprimer certains aliments risquerait de conduire à en manger d’autres en trop grandes quantités, constituant un apport calorique trop important. C’est le cas pour les fruits oléagineux, féculents et produits céréaliers. Ysabelle Levasseur le confirme, « tout excès est délétère. Trop de légumes est tout aussi mauvais car très irritant pour les intestins! Seule l’alimentation équilibrée, variée en qualité et quantité, qui respecte les besoins spécifiques de chaque âge et les saisons pour le choix des aliments, permet de prétendre à couvrir naturellement tous les besoins en nutriments énergétiques et non énergétiques ».

Compenser les déséquilibres

Huiles végétales, céréales, fruits secs, légumineux… Il est important d’acquérir une alimentation variée pour éviter les carences. « Les denrées animales apportent des protéines dites parfaites, du fer et de la vitamine B12, détaille Isabelle Levasseur. Supprimer ces aliments sources revient à se mettre en déséquilibre et en compensant par d’autres aliments. Le corps a besoin de façon équilibrée de protéines animales (denrées animales) et de protéines végétales (produits céréaliers, féculents, légumes secs). Les acides aminés contenus dans ces derniers sont incomplets. » Néanmoins, il est possible de pallier à ces carences. Le calcium se trouve dans le lait de soja, le tofu, les fruits secs et plusieurs légumes comme le chou, le brocoli… Les acides gras, eux, sont très présents dans les huiles végétales et les oléagineux ; c’est-à-dire les fruits secs. La vitamine B12, elle, est la plus difficile à compenser. Elle se trouve dans certaines algues comme la spiruline mais en quantité insuffisante pour certains organismes. Il est donc conseillé de faire un test sanguin afin de connaître le degré de carence du sujet. Attention tout de même aux compléments alimentaires et autres substituts vendus en pharmacie. « L’auto-médicamentation peut également s’avérer dangereuse voire inefficace. Seul un professionnel de santé pourra déterminer dans quelle proportion et à quelle fréquence il est nécessaire de faire une cure de compléments alimentaires», souligne la diététicienne. Même si une compensation est indispensable… Elle existe donc bel et bien. « Au début, je pensais que je ne pouvais pas être sportif et être vegan, raconte Jim Buhler. C’était un peu une excuse, je ne pensais pas que je pourrais arrêter de manger de la viande mais finalement, mon alimentation n’a jamais été un frein ».

Un style de vie

Le régime végétarien et surtout vegan, s’accompagne de nombreux changements dans le quotidien. Solutions ménagères, aliments minceurs, croquettes pour animaux… et même préservatifs ! De nombreux produits dérivés sont mis en vente. Mais ce mode de vie peut conduire à divers problèmes… « L’exclusion sociale est une dérive à réellement prendre en compte, alerte Isabelle Levasseur. Certaines personnes peuvent arriver à une sorte d’orthorexie (ndlr : ensemble de pratiques alimentaires caractérisé par la volonté obsessionnelle d’ingérer une nourriture saine et le rejet systématique des aliments perçus comme malsains) ». Certaines personnes deviennent fruitariennes et d’autres refusent de côtoyer des non-vegans. Le régime étant encore peu répandu, cela conduit parfois à un isolement social néfaste. Cependant, des « solutions » ont été mises en place et engendrent de vrais business autour de ces nouveaux modes de vie. Pour les végésexuels, personnes ayant des relations sexuelles uniquement avec des vegans, Végaia est un site de rencontre français. De quoi pallier les problèmes de sociabilité mais pas d’atténuer la végéphobie s’installant chez bon nombre de carnivores. Préjugés, moqueries, insultes… Il faut s’attendre à faire face à toutes sortes de remarques en changeant d’alimentation !