Exit le soutien scolaire classique ! Aurélie Houot, neuropsychologue, et Cédric Malgras, professeur de sciences, ont co-fondé la Neurobox. Véritable lieu de vie et d’apprentissage, ce centre situé au coeur de Nice propose d’accompagner les enfants en difficulté. Zoom !

Propos recueillis par Coralie Bouisset

Qu’est-ce qui vous a poussée à créer un centre de soutien scolaire ?

Neuropsychologue diplômée depuis 2010, je m’occupe des enfants en difficulté scolaire, notamment pour détecter les troubles des apprentissages mais aussi les enfants dyslexiques, dyscalculiques, TDH, haut potentiel… Avec mon compagnon Cédric, enseignant depuis 20 ans, nous avons fait un constat. On travaillait chacun de notre côté et on s’est rendus compte que les difficultés scolaires étaient avant tout le symptôme d’un problème qui est plus profond. Nous avons eu l’idée de nous réunir pour privilégier une prise en charge globale de ces enfants en difficulté et comprendre ce qui n’allait pas. Rajouter de l’enseignement sans identifier la source du problème n’aide pas, malheureusement…

Dans la majorité des cas, d’où viennent ces difficultés ?

Les causes sont multiples : manque de confiance, de motivation, pression familiale, lacunes (manque de connaissances)… Tout cela entraîne un décrochage à un moment donné. Même s’ils ne concernent qu’une minorité, il faut également prendre en compte les troubles des apprentissages. Ce sont des enfants qui ont une multitude de prises en charge: neuropsychologique, orthophonique, ergothérapeutique… C’est extrêmement fatiguant pour eux et cela ne donne pas forcément de résultats au niveau scolaire. Conséquences ? Dévalorisation, manque de confiance, et dans certains cas, rejet total des apprentissages pouvant aller jusqu’à une déscolarisation.

Quelle prise en charge proposez-vous à la Neurobox ?

La question première lorsque nous avons lancé ce concept était: que peut-on faire pour tous ces enfants qui décrochent ? Il s’agit en fait de leur redonner confiance, le plaisir d’apprendre, les remotiver, d’utiliser leurs cerveaux, de raisonner et de s’affirmer… Le tout par un soutien scolaire adapté et d’autres moyens. Si l’apprentissage est une souffrance, on va le détourner avec le sport, l’improvisation… ici, nous proposons une prise en charge 100% sur mesure pour tous les enfants. De celui qui a un simple souci en mathématiques et qui a besoin d’un soutien scolaire pour un exercice, une leçon ; à l’enfant déscolarisé qui fait l’école par le CNED. Notre objectif ? Etre une sorte de trait d’union entre la déscolarisation et la réintégration d’un établissement. Nous commençons par des cours individuels puis en petits groupes par exemple. Nous prenons également en charge des enfants avec des troubles d’apprentissages, des jeunes sportifs de haut niveau qui doivent mêler apprentissage et carrière sportive ce qui n’est pas toujours évident…

Concrètement, que mettez-vous en place ?

Cela va clairement dépendre du profil de l’enfant. Pour le sportif de haut niveau, nous allons l’aider à optimiser son emploi du temps et faire le lien entre famille et établissement, l’aider à trouver une organisation. Il ne faut pas oublier que les enfants sont très fragiles en période d’adolescence. Pour un enfant haut potentiel, nous sommes là pour satisfaire sa curiosité et aller au delà du cours. Das certains cas, nous proposerons un bilan neuropsy si nous en ressentons le besoin. Enfin, pour les plus classiques, nous testons des méthodes de travail, cherchons d’où viennent les difficultés. Nous réalisons un bilan avec la famille et nous nous adaptons, tout simplement !

Et pour ceux qui sont totalement réfractaires ?

Il y a toujours moyen de les aider. Il faut simplement faire l’effort de les comprendre et de les accompagner. Nous ne sommes ni leurs parents, ni leurs professeurs donc pas vraiment une figure d’autorité. Plutôt comme un ami, un confident… Nous avons mis en place une véritable relation de confiance avec chacun et c’est cela qui fait la différence. Nous les poussons à prendre confiance en eux avec des moyens détournés comme le sport, le théâtre, l’improvisation. La Neurobox est également un lieu de vie dont les portes leur seront toujours ouvertes pour un cours, un déjeuner, attendre leurs parents après l’école… Sans compter qu’un esprit de coopération s’est réellement mis en place entre les petits et les grands… C’est beau à voir !

Quel est l’objectif d’un bilan neuropsy ?

Il s’agit d’évaluer le fonctionnement cognitif c’est à dire tout ce qui nous sert à penser et interagir avec le monde. Lors d’un bilan de ce type, je vais évaluer le fameux QI (quotient intellectuel), la mémoire, l’attention, le fonctionnement exécutif, le visuel (pour déceler des problèmes d’attention par exemple) ainsi que des échelles psychologiques sur l’anxiété notamment. Tout cela permet de comprendre le fonctionnement cérébral précis. Les résultats sont standardisés mais mon rôle est de livrer une explication détaillée et claire aux parents et de rassurer l’enfant… Il n’y a pas de « mauvais point », il faut dédramatiser ! A partir de là, on peut proposer un suivi mais attention, nous ne faisons pas le travail d’un psychiatre. Si nous décelons des troubles de phobies scolaires, un risque suicidaire ou même de violents harcèlements, nous orientons vers une prise en charge psychiatrique. Ici, c’est plus du coaching pour réintégrer la scolarité, apprendre à gérer les émotions en douceur. Le bilan psy permet d’avoir un état des lieux de l’enfant, de ses points forts et faibles, ses difficultés et mettre en place un protocole d’aide à l’école. Mais c’est une option qui est utilisée sur 20% des enfants que je rencontre, quand on suspecte quelque chose de profond. Dans la majorité des cas, ils ont juste besoin d’être rassurés.

Quelle tranche d’âge prenez-vous en charge ?

Nous accueillons les enfant dès l’école primaire, à partir du CP/CE1 jusqu’au début des études supérieures. Plus on les prend tôt, plus on maintient la confiance et le plaisir d’apprendre ! La partie charnière reste l’adolescence, au moment du collège / lyçée. A cette période, notamment vers la 3ème, 2nde, les élèves commencent à se poser des questions sur leur avenir. C’est pour cela que nous les aidons également dans leur orientation.

De quelle manière les aiguillez-vous pour l’avenir ?

Nous réalisons des bilans d’orientation, en nous appuyant notamment sur le test de personnalité (MBTI) pour connaître le profil du jeune (introverti, extraverti…) ainsi qu’un test d’intérêt professionnel, toujours dans le but de savoir s’il est plutôt entreprenant, artistique, social… Ces tests nous donnent des chiffres et des rosaces. Mon travail est d’humaniser et décrypter tout cela. On se base aussi sur les matières qu’ils préfèrent, l’environnement familial, son histoire, ses loisirs ainsi qu’un test de confiance en soi. Et surtout… On travaille sur les rêves! Beaucoup ont des rêves cachés qu’il ne faut pas laisser de côté. On enlève tous les blocages et barrières et on tente de se projeter dans l’avenir. Bien sûr, le rêve aura des réajustements ! Mais c’est ce qui va pousser à s’investir. Je rédige ensuite un bilan d’une quinzaine de pages avec tout leur profil détaillé. Dans ce compte rendu, je mets en avant une multitude de métiers ainsi que leurs points forts et faibles par rapport à leur profil. Nous laissons le tout mûrir dans leur tête et refaisons un point quelques mois après si besoin.