Elle répète sans cesse que malgré tout ce qu’il lui est arrivé, elle a une « super bonne étoile ». Julie Meunier, 29 ans, c’est un peu une véritable leçon de vie à elle toute seule. Quand je l’ai vue la première fois, c’était à la télévision où elle racontait son histoire, puis sur les réseaux sociaux, où j’ai lu des pages et des pages de combativité et de bonne humeur. «Never give up» (N’abandonnez jamais), «Madame Survivor» ou encore «Libertété» : les messages qu’elle affiche sur ses tee-shirt, ses jolis mots sur son blog, ses ateliers « la tête dans les nouages », ses conseils beauté et aujourd’hui son projet « Les Franjynes »… Tout chez elle respire l’amour de la vie et sa victoire sur «Jean Yves, cette saleté de tumeur». Rencontre avec une jeune femme hors normes, que je ne suis pas prête d’oublier.

 Propos recueillis par Coralie Bouisset

Comment ton parcours du combattant a-t-il débuté ?

Mon cancer a été diagnostiqué à l’âge de 27 ans. Cela a commencé par la palpation d’une boule dans mon sein car les baleines de mon soutien gorge me gênaient. Un premier coup de chance car sans cela, je ne l’aurais peut-être même pas sentie… J’ai donc pris rendez-vous chez mon gynécologue qui me dit «effectivement, vous avez un petit kyste.» Je suis repartie avec un traitement hormonal que je n’ai d’ailleurs pas suivi (heureusement). Au bout d’une semaine, la boule a pris de l’ampleur. Ma mère m’a alerté et conseillé de retourner voir le gynéco. Elle m’envoyait des sms tous les jours pour que je prenne rendez-vous… Ce que j’ai fini par faire. Comme je le dis souvent, elle m’a donné la vie et c’est elle aussi qui m’a sauvée. La boule avait triplé de volume… Mauvais signe. Me voilà partie pour faire une échographie. Arrivée dans le cabinet, je remplis un questionnaire : âge, antécédents familiaux… 27 ans, pas de cancer dans ma famille. Résultat ? La manipulatrice radio, au départ, a refusé de me faire la mammographie car je ne rentrais pas dans les clous d’une personne possiblement atteinte d’un cancer. « On va commencer par une écho et s’il y a un doute, on verra… On ne va pas vous envoyer des rayons pour rien. » A l’écho, la radiologue a immédiatement vu et m’a dit « on va faire une mammo finalement, pour enlever des doutes…», le tout suivi d’une biopsie.

Que s’est-il passé ensuite ?

Après la biposie, je n’ai pas perdu le nord ! Je devais aller à Paris, au salon mondial du tatouage. Je lui ai demandé si je pouvais prendre l’avion, elle m’a répondu que oui. Je suis repartie, j’ai pleuré dans les bras de mon ex-copain qui m’attendait dans un café tout près. Après m’être calmée, j’ai fini par préparer ma valise et partir à Paris… J’ai profité du week end, fait des choses que je n’avais jamais faites comme monter sur la Tour Eiffel, j’ai vu mes amis… Bref, je me suis «Kiffe ! Parce que quand tu vas rentrer à Nice, ce ne sera pas la même chose.»

Dans quel état d’esprit reviens-tu ici?

J’avais eu au téléphone, avant de partir de Paris, une amie qui travaillait au service gynéco à l’Hôpital de l’Archet et qui a fait des pieds et des mains pour avoir les résultats de ma biopsie. En rentrant, je suis conduite à l’Archet pour voir un médecin. J’y vais, je rencontre une jeune Doctoresse, qui m’annonce qu’effectivement j’ai un cancer. Et là, tu te poses mille questions… Un cancer, c’est à dire que je vais avoir une chimiothérapie ? Perdre mes cheveux ? Que vous allez enlever mon sein ? Tout se bouscule dans ma tête… Et s’enchaîne très vite. Le lendemain, une échographie de contrôle puis une IRM, une prise de rendez-vous au Centre Antoine Lacassagne. J’ai bien fait car j’avais un cancer bien particulier. Je suis entrée dans un essai clinique en cours et ai reçu le produit en test, la «Rolls» des traitements. Néanmoins, il s’agissait d’un traitement plus long et pus fort que la normale qui m’a mis un bon coup de grâce… De 3cm, proche de toucher l’aréole, la tumeur est passée à 6mm. Fatalité, le Professeur Barranger n’a pas eu besoin de m’enlever le sein lors de l’opération (qui eu lieu après 8 séances de chimiothérapie). Pour tout vous dire, mon sein opéré est même plus beau que l’autre ! S’en sont suivies 40 séances de radiothérapie, j’ai commencé une hormonothérapie en février 2016 (pour dix ans) et enfin, le 4 juillet 2016, j’ai fait ma dernière chimiothérapie et eu le bonheur de finir par entendre le mot « rémission ».

Je suppose que l’annonce à tes proches a été compliquée ?

Mon beau-père n’a pas été épargné… Je l’ai tenu au courant tout le long, depuis la biopsie. Je voulais qu’il prépare ma mère, qu’il s’occupe d’elle car je savais que selon les résultats que j’aurais en rentrant à Nice, la période allait être difficile… Il a été très affecté. L’annonce à ma mère a été pire que tout, pire que si j’avais fait une grosse connerie. Pire même que quand on me l’a annoncé. Je suis très fusionnelle avec elle, on a vécu des choses pas toujours faciles mais on s’est toujours serré les coudes et ça me faisait clairement chier de lui dire qu’on allait encore devoir vivre un truc comme celui-là. Quand je le lui ai dit, je n’ai jamais prononcé le mot cancer, seulement «nodule malin». Bien sûr elle a compris, pleuré, mais ne s’est pas effondrée. Idem avec mon petit frère, qui a lui été très affecté par ma maladie et ne veut d’ailleurs pas en parler.

Tout au long de ta maladie, tu as décidé d’être positive et tu as beaucoup donné de ta personne pour les autres femmes touchées par l’alopécie. Peux-tu nous parler de ton atelier «la tête dans les nouages» ?

Quand j’ai perdu mes cheveux, je n’ai pas supporté la perruque que j’avais achetée. J’ai donc commencé à nouer des turbans. J’ai fait le tour des coiffeurs africains pour leur demander des conseils, j’ai même envoyé un mail à la chanteuse Imany qui m’a répondu et m’a expliqué comment elle nouait les siens ! Chez moi, j’avais également des fausses franges qui se clipaient (j’étais une vraie contrariée sur ce point là, ne sachant jamais si je devais la couper ou pas, j’avais trouvé cette solution). J’ai donc glissé les franges sous les rubans et le résultat était très sympa ! Le tout avec un joli maquillage pour rester féminine et ainsi retrouver mon identité. Pleins de personnes ne savaient pas que j’étais malade et adoraient mon nouveau style ! Du coup, en juin 2015, j’ai créé mon blog et je n’aurais jamais pensé qu’il prendrait autant d’ampleur. L’idée était de parler de positivité parce que tout ce que j’avais trouvé sur internet me donnait le cafard… Et en plus, je peux vous dire que le nouage de turban est vraiment thérapeutique, tout simplement parce qu’il donne l’impression de se coiffer. J’ai imaginé 7 nouages, un pour chaque jour de la semaine et j’ai eu envie de partager ma trouvaille. En octobre 2015 j’ai lancé, en partenariat avec la Ligue contre le cancer, des ateliers gratuits chaque mois, ouverts aux femmes ayant envie d’apprendre à nouer un turban (offert par la marque American Vintage).

Ton projet phare, les «Franjynes», a explosé les plafonds lors de sa campagne de financement participatif. Peux-tu nous en parler ?

Ce sont de fausses franges de six couleurs adaptées à l’alopécie et qui sont évolutives à la repousse des cheveux. Le tout associé à des turbans de matières délicates afin que le crâne soit enveloppé avec douceur et surtout jamais moulé ! Ce même alternatif a aussi été développé pour les enfants avec la gamme «Franjynettes». Mon but est d’essayer de rendre la perte des cheveux moins difficile à vivre. Une frange est aussi beaucoup plus accessible en termes de prix qu’une perruque. De ce fait, il est possible de s’en acheter régulièrement afin de collectionner toutes les couleurs et de pouvoir en changer tous les jours en fonction de son humeur. J’ai aussi remarqué que certaines femmes n’assumaient pas tout de suite la coupe courte quand les cheveux repoussaient à la fin des traitements et continuaient de porter leurs perruques. C’est pourquoi le système que j’ai développé pour la tenue des franges est évolutif à la repousse. De façon à ce que l’on puisse continuer à mettre les franges, sans être gêné par le retour des cheveux. J’aimerais casser les codes, et redonner le sourire, à toutes ces femmes qui souffrent de leur alopécie ! Quand on a eu un cancer (qu’on n’a pas choisi), c’est très difficile d’avoir droit à un emprunt bancaire voir quasi impossible (ça se tente mais refus systématiques ou surprimes énormes). C’est pour cela que j’ai fait appel à une plateforme de financement participatif. Enfin, par ce projet je fous un bon coup de pied aux fesses à mon cancer ! Dire tumeur ça me foutait en l’air, ce nom est dégueulasse. Une amie m’a dit, viens on lui trouve un nom. Nous avons opté pour Jean Yves ! JY a ses initiales dans ma marque «FranJYnes» pour lui montrer que je l’emmerde et que je me sers de lui comme il s’est servi de moi.