« Eduquer, ce n’est pas dresser »… Mais rendre service ! Et cette aide doit être bien dosée. Ce concept, Maria Montessori l’avait bien compris. L’école éponyme fait partie de la très populaire famille des « pédagogies alternatives ». Fondée en 1907 par l’une des premières femmes médecins d’Europe, cette méthode se base notamment sur la découverte, l’éducation sensorielle et la liberté de l’enfant. Il existe aujourd’hui plus de 30 000 écoles Montessori dans le monde (un peu plus de 150 en France), sans compter celles qui s’en inspirent. Zoom sur la méthode Montessori, qui séduit de plus en plus de parents !

Par Coralie Bouisset

 

Femme avant gardiste, spirituelle et dévouée à la cause des enfants, Maria Montessori a d’abord crée des écoles dédiées aux petites têtes blondes en difficulté, porteuses de handicap mentaux ou défavorisées. Un postulat de base qui a bien évolué à la vue des tarifs des écoles appliquant la méthode aujourd’hui… La Doctoresse s’est ensuite tournée vers tous les enfants, au regard des excellents résultats qu’elle avait obtenu. Résultat ? Sa pédagogie s’adresse à tous et milite pour l’épanouissement et l’éducation de chaque individu. Le mantra de Maria Montessori? “L’enfant n’est pas un vase que l’on remplit, mais une source qu’on laisse jaillir”. Mais alors, cette méthode, qu’est-ce-que c’est ? Concrètement, elle repose sur la liberté de l’enfant dans le choix de ses activités, l’apprentissage par l’expérience plutôt que le concept, ou l’autodiscipline, le tout dans des classes où l’on mélange les âges. Les structures mettent à disposition des élèves un équipement spécifique. C’est dans sa première Maison des enfants (Casa dei Bambini en italien) fondée en janvier 1907 que Maria constate que les tout-petits (dès trois ans), sont capables de faire preuve d’une concentration et d’une autodiscipline inattendues. Dès lors que l’enfant se trouve dans un environnement propice, accompagné par un éducateur qui s’adapte à lui et le stimule, il apprend par lui-même, à son rythme.

Des principes « simples »

Partant de ce postulat, la méthode d’éducation se base sur quelques principes simples et surtout, à la portée de tous. Dans un premier temps, la liberté. C’est une notion fondamentale de la pédagogie Montessori. A l’école, les enfants sont libres de choisir l’activité qu’ils souhaitent faire parmi celles qui leur sont proposées, à la seule condition d’avoir déjà « vu » cette activité avec l’éducateur(trice). Pour aller jusqu’au bout de cette idée, les enfants auront « l’autorisation » d’y passer le temps qu’ils veulent tout en pouvant également parler à voix basse et se déplacer comme ils l’entendent dans la classe. Une seule règle, respecter une ambiance studieuse ! En découle le second principe qui est celui de l’autodiscipline.

Elle va de pair avec la notion de liberté et s’applique tout autant pour l’attitude que pour les corrections. Plutôt que d’attendre passivement les corrections d’un tiers, l’enfant est invité à repérer lui-même ses erreurs. D’autant que, selon la méthode Montessori, il ne s’agit pas tant d’avoir « juste » ou « faux »… Il faut toujours s’exercer dans l’objectif de se perfectionner! Troisième principe, l’action en périphérie. Selon Maria Montessori, il est plus profitable d’agir sur son environnement plutôt que sur l’enfant lui-même et surtout… Il faut donner l’exemple ! En pratique, il s’agit de parler moins fort pour l’inciter à en faire autant, plutôt que de lui ordonner de le faire. Ou encore, de mettre à sa portée ses jouets plutôt que de les placer en haut d’une étagère inaccessible. Autre point très important, le respect du rythme de chacun. Peu importe que l’enfant soit rapide ou lent, tant qu’il est concentré! La pédagogie Montessori préconise également de ne pas coller d’étiquette qualifiant tel ou tel individu au risque de le cloisonner dans ce qualificatif, qu’il soit positif ou négatif. A noter que le rythme de chaque enfant peut varier en fonction des moments de la journée, de l’activité, des différentes périodes de son développement, et que les acquisitions se font par à-coups.

Et l’apprentissage ? 

Encore une fois, il est très différent d’un individu à un autre. Tout comme certains apprendront mieux leur leçon de manière visuelle, rédactionnelle ou auditive; il faut laisser l’enfant s’adapter. L’apprentissage par l’expérience en est un exemple. En effet, selon Maria Montessori, l’abstraction ne se transmet pas. Pour s’approprier les concepts, l’enfant doit manipuler, de façon tangible et concrète, avec ses cinq sens. Là encore, cela passe par l’utilisation de matériel adapté. Par exemple, pour apprendre à compter, il faudra utiliser des perles. En les soupesant, les comparant et les intégrant par la vue et le toucher, l’enfant pourra également comprendre leurs différences ou leurs proportionnalités. L’activité individuelle est également essentielle. Si certaines sont prévues en petits groupes, la plupart se fait seul. L’idée de cette éducation est très simple. Selon Maria Montessori, l’enfant est potentiellement bon, et il suffit de le respecter pour qu’il le reste. Le respecter, c’est l’inviter à respecter les autres, et donc, le préparer à une vie sociale harmonieuse. Le but de l’éducation montessorienne est d’aider l’enfant à acquérir une discipline intérieure avec un guide, l’éducateur ou le parent. Pour l’entourage de l’enfant, il s’agit d’apprendre à observer avant d’interférer. C’est ainsi que vous pourrez apporter à votre enfant ce dont il a besoin pour évoluer. Sur certains points le discours de la Doctoresse fait d’ailleurs penser aux réflexions de Françoise Dolto, psychanalyste spécialisée dans le monde de la petite enfance.

Comprendre le développement de l’enfant 

Il est essentiel pour l’adulte de connaître le développement de l’enfant qu’il soit sensoriel et moteur, cognitif et moral, social et affectif ainsi que langagier. Dans la pédagogie Montessori, on distingue plusieurs périodes ayant chacune leurs spécificités. Néanmoins, tous les enfants connaissent des périodes sensibles durant lesquelles ils sont particulièrement réceptifs et évoluent à vitesse grand V, développant ainsi des aptitudes spécifiques. Ces périodes sensibles sont l’une des découvertes les plus importantes de Maria. Ces sensibilités particulières et momentanées sont fugitives et se limitent à des des acquisitions déterminées. De la naissance à six ans environ, l’enfant traverse six périodes sensibles :

• la période sensible du langage : c’est vers deux ans que le langage apparaît. On assiste alors à une véritable explosion des mots et cette période va s’étendre jusqu’à environ l’âge de 7 ans.

• la période sensible du mouvement : c’est pour l’enfant le moyen d’entrer en contact avec son environnement, de découvrir les autres et le monde.

• la période sensible de l’ordre : c’est la construction de la confiance en soi, de la pensée logique et de la sécurité intérieure.

• la période sensible du raffinement des perceptions sensorielles : grâce au développement des sens, l’enfant apprécie le monde qui l’entoure et organise les perceptions qu’il a absorbées.

• la période sensible du comportement social : entre 3 à 6 ans, il découvre les règles de la société, et apprend à se maîtriser. Vers 5/6 ans, il accepte les règles de son groupe.

• la période sensible des petits objets : contrairement à l’adulte, les très jeunes enfants ont d’abord la capacité de remarquer les petits détails de leur environnement.

Montessori, à la maison !

Il n’est pas indispensable d’inscrire votre enfant dans une école Montessori pour mettre en place cette pédagogie. Il est aisé de créer un univers adapté et de proposer un ensemble d’activités encourageant la participation active de votre enfant pour développer son autonomie. Ainsi, il manipule, compare, observe, s’auto-corrige et stimule ouverture d’esprit et prise de confiance en lui. Faire entrer la pédagogie Montessori chez soi équivaut à appliquer les mêmes fondamentaux qu’à l’école. Jusqu’à six ans, l’enfant est dans la phase de l’esprit « absorbant » et est donc particulièrement sensible à ce qui l’entoure. Il se construit par rapport aux autorisations et aux interdits. Il se trouve également dans une phase d’imitation et apprend ainsi une série de gestes simples et structurés. Si vous organisez un cadre favorisant son développement à domicile, sa capacité d’apprentissage sera ainsi exacerbée.

Organiser l’espace 

Leçon numéro 1 ? Adapter l’environnement à son âge, sa taille et ses capacités. Les pièces de la maison (et pas seulement sa chambre !) doivent être sécurisées de manière à ce qu’il puisse évoluer librement et de manière autonome. Quelques pistes à suivre? Par exemple, posez des étagères plus basses ou des meubles ouverts à sa hauteur. Les objets doivent être disposés à la vue de l’enfant plutôt que rangés dans des armoires ou des bacs fermés. Vous pouvez également lui apprendre que certains objets sont spéciaux et doivent être manipulés avec soin. Les chaises et les tables doivent également être conçues pour faciliter l’apprentissage de l’enfant: favorisez la légèreté pour être transportées ! Pensez à aménager la chambre et le salon en plusieurs aires : sommeil, activités, change/soin, lecture, arts plastiques… Dans les autres pièces comme la cuisine ou la salle de bains, votre enfant doit également pouvoir participer. Proposez lui un marche pied solide ou une tour d’observation, un plan de travail, un évier à sa hauteur ou encore des ustensiles adaptés pour faire « comme papa et maman » !

Des activités à portée de tous

Différentes activités peuvent être mises en place et ce, dès tout-petit ! Une application phare de la pédagogie montessorienne ? Les « versés » ou plus simplement transvasement. Il s’agit de faire transvaser par l’enfant des graines ou des perles en bois dans deux pichets identiques. Puis, on peut utiliser des ingrédients de plus en plus fins ou fluides (riz, semoule, eau) afin d’affiner sa motricité. L’enfant s’exerce de manière autonome une fois que l’activité lui a été présentée. Il est important de n’intervenir ni physiquement, ni oralement. Attention, pas de commentaire, ni de jugement! Ces activités ont pour objectif de susciter chez l’enfant l’effort d’imitation avec des gestes simples et structurés. Elles sont un pas vers l’autonomie et l’indépendance. Vous pouvez également le faire participer de manière ludique à la vie de la maison et aux tâches quotidiennes. Découper, cuisiner, jardiner, ranger… Mais aussi s’amuser ! Les activités artistiques (collage, peinture…) et sensorielles (textures, bacs avec différents objets, boîtes à odeurs, coffrets de lettres ou de chiffres rugueux) sont à plébisciter. Pensez tout de même à respecter quelques règles comme le temps d’activité, l’utilisation de matériel adapté à la taille et la force de l’enfant, le temps de partage avec votre enfant avant de le laisser faire seul… Maintenant, à vous de jouer !