Un nouveau métier, plus épanouissant, plus gratifiant ou plus intéressant, ça vous tente ? Aujourd’hui, un Français sur trois songerait à une reconversion professionnelle. Un changement de vie qui a le vent en poupe et n’est plus considéré comme un échec, mais comme une prise de conscience, un nouveau départ. Parfois vu comme un acte courageux, parfois comme une «vraie folie», Les Carnets Santé se sont intéressés à celles et ceux qui se tournent vers une nouvelle vie dans le milieu médical ou para-médical. Immersion.

 Par Coralie Buisset

« J’ai voulu changer de vie, car mon travail ne me plaisait vraiment plus. » Marilyn Siri, 36 ans, est loin d’être la seule dans ce cas de figure. Conseillère de vente depuis plus de 15 ans dans un grand magasin de prêt-à-porter à Nice, elle ne supportait plus son quotidien. Titulaire d’un Baccalauréat professionnel service accueil et communication, Marilyn a décidé de sauter le pas et de se renseigner sur les formations de secrétariat médical. « C’était un secteur qui m’attirait vraiment, un domaine où j’avais l’envie de me sentir utile, poursuit la trentenaire. J’étais dans une phase de remise en question totale de ma vie. Je me suis donc penchée sur mes droits et ait décidé de contacter le Fongecif pour mettre en place cette formation. » Le Fongecif PACA, association à but non lucratif, a pour mission d’aider les actifs à changer de métier, à développer leurs compétences, ou simplement à faire le point sur leur situation professionnelle. « Nos services d’appui et d’accompagnement, gratuits et confidentiels, sont prévus pour aider les concernés dans leurs réflexions ou pour financer des prestations, explique Yannick Bourdarel, chargée de missions au Fongecif PACA. C’est un peu à la carte. Nous pouvons être sollicités pour des conseils, une simple analyse, un accompagnement pointu… Tout dépend de la complexité du projet. » La reconversion professionnelle, une mode ? « Pas vraiment, poursuit Yannick. Les chiffres sont assez stables, le congés individuel de formation (CIF) est unisexe. A noter que les demandes s’orientent plutôt vers le bilan de compétences pour la gent féminine et la création d’entreprise pour ces messieurs. » Bien sûr, les demandeurs ne sont pas laissés dans la nature. C’est tout un dispositif qui se met en place pour les aider au mieux. Les acteurs du conseil en évolution professionnel sont nombreux : Pôle Emploi, APEC, mission locale, SAMET, Fongecif, ACEC… Et font en sorte d’être complémentaires selon les profils. Les sollicitations sont également multiples : de l’acquisition de nouvelles compétences au changement de métier en passant par l’évolution ou le déploiement d’activité parallèle. « Nous avons également le rôle de nous assurer de la qualité de la formation suivie, précise Yannick Bourdarel. Depuis le 1er janvier 2017, nous veillons à ce que l’organisme respecte un cahier des charges comprenant six critères et 26 indicateurs, un programme, un suivi, une démarche qualité qui assure une offre de formation la plus sérieuse possible. » Et côté chiffres, le Fongecif Paca est plutôt bien placé… En 2016, 5928 parcours, tous dispositifs confondus, ont été financés (dont 2 782 CIF) et 7501 personnes accompagnées. A noter que 80% des bénéficiaires du CIF sont en poste après la formation.

Créer son propre emploi

Marilyn mais aussi Caroline, Gaëlle et bien d’autres… Elles sont de plus en plus à vouloir changer de vie et aspirent à un réel épanouissement au quotidien. « La reconversion professionnelle est un vrai sujet de société, entame Marie Faguet, co-gérante de l’ACEC BGE Côte d’Azur, organisme d’aide à la création et à la reprise d’entreprise. Plus qu’un changement de profession, c’est un changement de vie qui est recherché. » Les motivations ? Diverses et variées : enjeux économiques, remise en cause, anticipation de difficultés dans son emploi… « Ce sont souvent des reconversions à 360 degrés, sourit Marie. Typiquement, une personne d’une quarantaine d’années, qui veut évoluer mais dont le secteur d’activité professionnel est parfois bouché, ou qui a du mal à trouver un poste en tant que salarié dans sa branche. Ou encore un salarié qui favorise la formation professionnelle, prend un congés individuel de formation et entre en contact avec le Fongecif. » Changer d’activité oui, pour un futur poste de salarié peut-être, ou bien même pour créer son entreprise. C’est notamment le cas de Caroline Bigot-Mérou, quarantenaire qui a ouvert son cabinet libéral dans le domaine de l’hypnothérapie. Trois ans après ses débuts, elle comptabilise près de 20 rendez-vous par semaine et ne pourrait d’ailleurs pas en programmer beaucoup plus… Une réussite qui prouve bien que créer son propre emploi, c’est possible.

Une professionnalisation accrue

Pour Gaëlle Combe, 32 ans, c’était un ras le bol d’être « limitée » dans ses champs d’action. Auxiliaire de vie scolaire, elle aspirait à un métier plus libre et beaucoup plus axé sur la thérapeutique. La faculté de psychologie ? Une évidence pour cette jeune femme pétillante et pleine d’empathie. « C’est mon caractère, je suis dans la bienveillance avec autrui et c’était important pour moi d’avoir un vrai suivi avec mes futurs patients, sans tomber dans le médicamenteux, explique-t-elle. Je me suis donc lancée dans cinq années de formation avec stages et me suis spécialisée dans la gérontologie. » Résultat ? Gaëlle nous affirme s’être « vraiment trouvée » et, à peine quelques mois après l’obtention de son diplôme de psychologue clinicienne, ressentir déjà un épanouissement professionnel et personnel. « Une formation certifiante et qualifiante est un avantage indéniable, commente Marie Faguet. Clairement, les personnes qui souhaitent exercer leur activité n’auront pas toujours la possibilité d’être salariée. Il va donc aussi falloir apprendre à se vendre et cela, c’est une perspective parfois complexe. Etre bon dans son domaine, c’est bien, mais si personne ne le sait… Pas de patient, ni de client. » Et tous les moyens sont bons pour développer une communication autour de son activité… Autant en profiter ! « Je me suis inscrite sur un site internet qui propose des thérapies en ligne, dévoile Gaëlle. Chaque patient peut ainsi choisir son thérapeute à partir d’une fiche profil. Cela va, je l’espère, me permettre de développer des premiers contacts en attendant de trouver un emploi dans un institut voir d’ouvrir mon cabinet, pourquoi pas ». Bien sûr, d’autres moyens sont bons pour attirer le public. Caroline Bigot-Mérou, hypnothérapeute, s’est installée en plein centre ville de Nice. Le bouche à oreille fonctionne bien sûr, mais proposer son expertise aux journalistes peut également être une voie à ne pas négliger. Quelques médias locaux ont déjà sollicité la spécialiste pour des thématiques spécifiques. Une aubaine pour cette femme pour qui les médias ne sont pas complètement inconnus…

Un soutien parfois absent

« J’ai passé 23 ans à travailler à Radio France, raconte Caroline. De chargée d’accueil à chroniqueuse en passant par technicienne de gestion… Et pour finir responsable des Ressources Humaines, dans un cocon, complètement coupée du monde. » Ces dernières années de carrière, Caroline les a clairement très mal vécues. « J’avais la petite quarantaine et je me suis demandée si je tiendrais encore 25 ans comme cela… La réponse était non. J’ai donc décidé, après de nombreuses tergiversations, de tenter un BTS en accompagnement social et professionnel en profitant de mes droits à la formation… Et là, j’ai vécu l’horreur. » Pas évident de retourner sur les bancs de l’école à cet âge là. Caroline obtient tout de même son BTS et le retour à l’emploi se fait dans la douleur et se solde par un départ très compliqué. « Je me suis retrouvée toute seule, sans emploi, avec cette idée que la PNL et le côté coach m’avaient séduite dans ma précédente formation… Je me suis donc lancée dans un nouvel enseignement pour devenir hypnothérapeute. » Un parcours semé d’embûches qui a, sans aucun doute, effrayé son entourage. « Mon mari m’a aidé par sa présence mais lorsque vous dites à votre soeur, psychologue et votre beau-frère, psychiatre, que vous souhaitez devenir hypnothérapeute… Je vous laisse imaginer les dîners de famille et les avis de tous : Caroline fait un caprice, ça lui passera. Mais non… Comme je le dis souvent, j’ai « grossi » pendant longtemps et ce changement de vie m’a permis de grandir.» Pour Marilyn et Gaëlle aussi, le retour « à l’école » a été difficile. « Je n’ai pas tout de suite mesuré l’impact sur ma vie personnelle, se rappelle la psychologue. Mon entourage a eu peur et à juste titre. Le décalage au niveau social était réel et, oui, c’était difficile… Mais je ne regrette pas mon choix. » Le compagnon de Marilyn, lui, l’a immédiatement soutenue même si c’était un vrai challenge pour cette jeune femme de nature stressée. Son diplôme ? Elle l’a décroché haut la main et a quitté son emploi de vendeuse depuis. Elle vient tout juste d’apprendre qu’elle intégrera en mars un établissement de santé de renom à Nice, « pour un remplacement pour commencer… Mais je suis vraiment heureuse ! Et cette première victoire me confirme que j’ai fait le bon choix. »