Le 1er août 2018 est une date à retenir : celle du jour où l’humanité a consommé l’intégralité des ressources que la planète terre est capable de générer en une année.

C’est malheureux mais bien réel… Toutefois, vous savez que la rédaction des Carnets Santé est loin d’être fataliste ! Parce que parler environnement, c’est aussi parler santé, nous avons décidé de consacrer notre « zoom sur » au zéro déchet. Ne prenez pas peur ! On ne vous demande pas de supprimer votre poubelle, ce serait mission impossible… Il s’agit surtout, à travers des témoignages, des expériences, de bonnes initiatives et un maximum d’astuces de vous donner les bases de votre nouvelle vie. Plus saine, plus économique, plus pratique et plus écologique, bien sûr… Le tout sans contraintes réelles. Alors, prêts ?

Par Coralie Bouisset 

Mauvaises habitudes, manque d’infrastructures, d’informations, surconsommation… Nos poubelles débordent et pèsent lourd, tant sur notre planète que sur notre santé. Nous n’avons jamais autant produit et consommé que ces dix dernières années. Même si, à ce jour, l’industrie publique et le BTP génèrent un maximum de déchets, ceux que nous produisons en tant que particuliers arrivent juste derrière.

Ouvrons les yeux ! L’objectif ? Que chaque individu trouve des solutions pour agir à son niveau et réduire son impact environnemental. “Chaque petit geste compte, entame Stéphanie Faustin, 36 ans, membre de l’Association Zéro Déchet Nice (groupe local de Zéro Waste France). Nous ne sommes pas obligés de tout changer d’un coup dans notre quotidien ! C’est d’ailleurs ce que je recommande aux gens : faire petit à petit, ancrer de nouveaux gestes responsables pour en faire des habitudes. Puis, passer à un nouveau changement ! ” Et Stéphanie sait de quoi elle parle. Auteure de deux ouvrages, “Mon quotidien zéro déchet” et “La cuisine zéro déchet” parus aux Editions Rue de l’échiquier, et créatrice du blog écolo “Tomates sans graines”, la trentenaire vit et agit en conscience. Pour elle, chaque geste est réfléchi dans le but de préserver la planète mais aussi sa santé. “Cela peut paraitre compliqué, surtout au début et n’a pas été facile pour moi non plus ! Sourit-elle. On tâtonne, on fait des erreurs, des tests ratés… Pour enfin trouver les bonnes recettes et un équilibre qui nous convient.” A travers son blog green lifestyle, elle distille ses conseils et autres DIY (“Do it Yourself” c’est à dire “à faire soi-même”) mais propose également des discussions autour du minimalisme, de la simplicité, du bien être ou encore du bonheur. Pour les gourmands, on retrouve également des recettes culinaires, souvent anti-gaspi, comme dans son ouvrage sur la cuisine zéro déchet. “J’ai envie de partager, de sensibiliser un maximum de personnes que ce soit via le blog ou mes livres, explique-t-elle.

C’est ce que je fais également à travers mon engagement dans l’association Zéro Déchet Nice”. Un collectif récent, crée il y a deux ans par Olga Kroselj et que Stéphanie a rejoint très rapidement. Les objectifs ? Sensibiliser le public à la réduction des déchets dans tous les domaines, tous les aspects de la vie. “Nous organisons notamment des cafés astuces pour apprendre aux gens à fabriquer leurs cosmétiques naturels, leurs produits d’entretien et d’hygiène ou encore des ateliers couture, détaille Stéphanie.

Et bien sûr nous échangeons énormément, en direct ou via les réseaux sociaux.” L’association zéro déchet, composée exclusivement de bénévoles rencontre un vif succès depuis sa création. Si vous souhaitez les rejoindre, n’hésitez pas à les contacter… Ils sont en recherche permanente de volontaires ! Leur nouveau cheval de bataille ? Le démarchage des commerçants de la ville de Nice pour qu’ils soient, eux aussi, sensibilisés au zéro déchet. En devenant partenaires, ils affichent ainsi leur engagement responsable en acceptant notamment que les clients amènent leurs propres contenants lors de l’achat. Pour les reconnaitre ? Il suffit de répérer le sticker de l’association apposé sur la vitrine de la boutique ! Une cinquantaine d’enseignes a déjà adhéré à l’idée.

Adopter un comportement zéro déchet
Changer de comportement, ok… Mais par où commencer ? Pas de panique ! Les petits gestes du quotidien sont les premiers à être passés au crible.

Quelques exemples ? Toujours avoir sur soi des tote bag pour dire non aux sachets plastiques encore distribués à outrance, utiliser une gourde en inox plutôt qu’une multitude de bouteilles en plastique. Préférer des cotons lavables dans votre salle de bains, fabriquer votre propre nettoyant ménager, votre lessive, votre déodorant… Côté recettes, les adeptes ont déjà réalisé les crash test ! Rien de plus simple donc, de piocher des recettes par ci par là et de les adapter ensuite selon vos goûts. Vous verrez, la plupart des DIY sont très faciles à réaliser et les produits nécessaires aisés à trouver. Ils reviennent d’ailleurs généralement d’une recette à l’autre. Vos indispensables ? Vinaigre blanc, savon noir, savon de Marseille (le vrai !), bicarbonate de soude, huiles essentielles de lavande, citron, tea-tree, menthe poivrée ( et bien d’autres, selon vos préférences), huile d’argan, de coco, d’aloe-vera et surtout… votre kit de couturière ! Pas besoin d’être un as de l’aiguille mais des bases seront nécessaires pour concevoir quelques incontournables : sac à pain, sachets en tissus pour vos fruits et légumes du marché, essuie-tout, mouchoirs mais aussi couches lavables pour enfants voire même protections hygiéniques pour les plus téméraires… Il parait que ce n’est qu’une question d’habitude ! L’essentiel ? Allez-y à votre rythme.

Vous pourrez être tout à fait prête à fabriquer votre démaquillant sans pour autant dire adieu à votre mascara fétiche ! L’objectif de cette démarche est aussi d’aller vers plus de produits naturels. Forcément, on limite voire supprime les produits d’entretien chimiques, la lessive, les détergents, les cosmétiques… Et vous savez quoi ? C’est très bon pour la santé et de surcroît, vous ferez des économies !

Réduire ses déchets, c’est aussi limiter ses achats et sa consommation. Oui mesdames, un dressing minimaliste mais canon, c’est possible ! Idem concernant les appareils électroménagers inutiles, et tout ce qui aura tendance à rester au fond du placard. Pour vous débarrasser du trop-plein, il y a de nombreuses solutions : dons aux associations, vide-greniers, recyclages en cas d’état de délabrement avancé mais aussi gratiferias. “Ce sont des sortes de vides-greniers 100% gratuits, détaille Stéphanie Faustin. C’est à dire que les gens ne paient pas leur emplacement et ceux qui viennent peuvent repartir avec les objets de leur choix… Gratuitement ! L’objectif est de vider ses placards et donner : livres, vaisselles, objets en tous genres… C’est tellement plus écolo et enrichissant car il n’y a pas d’aspect financier. Les rapports sont donc totalement différents avec les gens ! Et puis, avec tout ce qui existe déjà et qui est gaspillé… Jeter alors que les objets sont souvent en bon état, quel gâchis!”

Il est également possible de réparer les objets cassés pour lutter contre l’obsolescence programmée. Vous n’y parvenez pas ? Cap sur les Repair Cafés ! Réparer ensemble, c’est l’idée de ces rendez-vous dont l’entrée est ouverte à tous. Outils et matériel sont disponibles à l’endroit où est organisé le Repair Café, pour faire toutes les réparations possibles et imaginables. Vêtements, meubles, appareils électriques, bicyclettes, vaisselle, objets utiles, jouets, et autres. D’autre part sont présents des experts bénévoles, qui ont une connaissance et une compétence de la réparation dans toutes sortes de domaines.

On y apporte des objets en mauvais état qu’on a chez soi… Et on se met à l’ouvrage avec les gens du métier ! Il y a toujours quelque chose à apprendre. Ceux qui n’ont rien à réparer prennent un café ou un thé, ou aident à réparer un objet appartenant à un autre. On peut aussi toujours y trouver des idées à la table de lecture qui propose des ouvrages sur la réparation et le bricolage. En 2017, les Repair Cafés ont ensemble sauvé mondialement 300 000 objets de la montagne de déchets. Enfin, pensez à louer, échanger, réemployer… Internet est une mine d’or ! Avant de vous précipiter pour acheter un objet que vous n’utiliserez qu’occasionnellement, demandez à votre entourage ou aux communautés d’entraide sur la toile.

Stop au gaspillage alimentaire
Les achats justement, parlons-en… En moyenne, les aliments de supermarché parcourent 2 400km avant d’arriver dans nos assiettes. Oh, désespoir ! Et ce n’est pas terminé… Un Français gaspille près de 29kg d’aliments comestibles par an dont 7kg encore emballés. Des déchets qui ne vont pas s’évaporer par magie, sans laisser de traces…

L’incinération pollue l’air, l’enfouissement pollue les terres quand cela ne finit pas dans la mer. Imaginez donc les effets sur notre santé et notre porte monnaie. Une solution ? Arrêter de surconsommer mais aussi de gaspiller ! Exit les chariots énormes dans les grandes surfaces où nombre de produits finiront à la poubelle. Et si vous décidiez d’acheter mais aussi de manger autrement ? Les initiatives locales sont nombreuses pour, on ne le répétera jamais assez, vous proposer des produits frais, de saison… Et de région !

AMAP, La Ruche qui dit Oui, cueillette directement chez le producteur, à moins que vous ne choisissiez l’option jardin partagé ? Une initiative qui plait de plus en plus aux citadins et permet de cultiver un jardin, partagé avec d’autres adeptes. Les récoltes sont ensuite distribuées et les relations humaines enrichies au possible. Ces jardins sont mis en place par les particuliers mais aussi les collectivités qui mettent désormais à disposition différents espaces pour favoriser le lien social dans les quartiers des communes.

Un conseil ? Pensez également à cuisiner l’intégralité de vos fruits et légumes : les épluchures, les fanes, les peaux… Tout se mange, il suffit de s’y mettre et de tester les diverses recettes faciles à trouver !
Concernant les produits secs, les épiceries en vrac font un véritable carton partout en France. Dans le Département, à Mouans-Sartoux plus exactement, l’épicerie Boomerang fait office de pionnier depuis 2015. Elle propose de nombreux produits certifiés bio et le meilleur des productions et spécialités locales. L’idée est de vous y fournir en produits du quotidien en quantité à la demande et surtout sans emballage. Idem pour l’épicerie “Au Gramme près” située à Roquebrune-Cap-Martin mais pour la suite… Pas de boutique avant Marseille ! En ce mois de septembre 2018, nous pouvons crier victoire puisqu’une épicerie en vrac ouvre enfin à Nice ! Cathy Colas, auparavant éducatrice pour enfant, se lance dans l’aventure de la franchise avec la marque Day by Day. Installée dans le dynamique quartier de la Libération, elle porte haut et fort le changement de comportement mais surtout la réductiondes déchets et du gaspillage alimentaire. “C’est ma belle-soeur qui tient un blog sur le sujet qui m’a sensibilisée, raconte Cathy Colas, âgée de 32 ans. Depuis, je fais ma lessive, mon déodorant et utilise ses conseils au quotidien. Je souhaite aider les gens à se lancer comme je l’ai moi-même fait.” Chez DaybyDay, vous trouverez tout ce qui se stocke dans les placards (dans de jolis bocaux en verre, matériau durable !). Epicerie salée sucrée donc, mais aussi droguerie avec un rayonnage de produits ménagers, des produits d’hygiène… Une aventure qui a pris du temps mais s’est enfin concrétisée !
“L’entrepreunariat coute cher et les banques restent réfractaires en règle générale même si j’ai finalement réussi à obtenir un prêt, explique Cathy. Heureusement, j’ai collecté 30 000 euros grâce à une campagne de financement participatif et j’ai également la chance d’être suivie par Initiative Côte d’Azur pour la gestion et l’apprentissage du métier d’entrepreneur.”

Un soutien des collectivités
Au delà des particuliers, le zéro déchet séduit aussi les collectivités et les institutions du département. Pour étendre cette démarche au maximum, UNIVALOM (Syndicat de Traitement des Déchets regroupant 29 communes de l’ouest du département) a lancé une expérience depuis l’an dernier. En collaboration avec les associations “Vie Initiative Environnement” et “Des graines et du sens” UNIVALOM propose d’accompagner durant 6 mois des foyers/familles volontaires dans la réduction de leur production de déchets. Avec cette initiative à la portée de tous, vous profitez gratuitement d’un soutien via des ateliers pratiques et ludiques et un kit de découverte. « Nous avons réalisé un premier test pilote l’an dernier avec 53 familles sur les communes de Villeneuve-Loubet et Biot, raconte Elodie Gréco, Responsable Service Prévention et Valorisation d’UNIVALOM. L’accueil a été entousiaste et dynamique et l’expérience… Une franche réussite ! » Et les résultats sont réels. Sur les 53 familles accompagnées (soit 641 personnes) durant 6 mois, on constate une réduction de leur production d’ordures ménagères d’environ 36%, une réduction des déchets de la poubelle jaune de 25%. Au total ? 25 tonnes de déchets en moins ! Un chiffre qui parle de lui même… “Ce qu’il est également important de souligner, c’est qu’aucun d’entre eux ne reviendrait en arrière sur ces nouvelles pratiques acquises pendant les 6 mois et les participants ouhaitent poursuivre leurs actions, souligne Elodie. Sans compter que 82% d’entre eux veulent aller encore plus loin !”.

L’opération est donc renouvelée en ce mois de septembre 2018 avec 250 familles visées sur les communes d’Antibes, Châteauneuf-Grasse, Le Cannet, Mandelieu-La Napoule, Mougins, Opio, Roquefort-les-Pins et Théoule-sur-Mer. En juillet, des listes d’attente étaient déjà mises en place… Les foyers sélectionnés auront donc pour objectif d’appliquer 5 éco-gestes (sur 10 proposés) pour réduire leurs déchets. Au programme ? Pour débuter, une réunion de lancement expliquant le déroulement de l’aventure et la signature d’une charte d’engagement pour officialiser l’inscription. Et ensuite ? Des ateliers sur des thèmes diversifiés :  compostage, courses sans emballage, produits d’entretien, cuisine et gaspillage alimentaire, cosmétiques, jardinage au naturel ainsi que des cafés astuces pour échanger et partager idées et expériences ! Noël zéro déchet, évènements divers, des visites et sorties, un groupe Facebook afin d’échanger entre participants, une rencontre de mi-parcours et un évènement de clôture… C’est une vraie communauté d’entraide qu’UNIVALOM met en place avec ce programme.

Afin d’évaluer la progression au cours de l’opération, les foyers réalisent un suivi de l’évolution de la production de déchets avec e poids des poubelles durant les 6 mois. “Et nous n’abandonnons pas les précédentes familles ayant participé à la “saison 1”, sourit Elodie Gréco. Nous avons prévu une rencontre entre tous afin de créer une grande famille zéro déchet à UNIVALOM !” Tout comme l’association Zéro Déchet Nice, UNIVALOM réalise également un travail de fond auprès des commerçants de proximité afin de faciliter le quotidien des participants. “Ils acceptent alors d’apposer un autocollant afin de montrer leur engagement zéro déchet et d’aider les particuliers à franchir le pas de la porte…
Avec leurs propres contenants ! Précise Elodie. Actuellement, 150 commerçants sont engagés dans la démarche”.

Et pour les déchets restants ?
Réduire ses déchets, c’est important mais comme dit d’emblée… Le zéro déchet est malheureusement utopique. Objectif premier ? Trier vos déchets restants. Vous le savez déjà, les plastiques et cartons dans le bac jaune. Pour le verre et le papier, des conteneurs sont à votre disposition dans la rue, proches de votre domicile. Les déchets ménagers ? Direction la poubelle classique. Pour les restes alimentaires, les déchets verts ainsi que les ongles, les cheveux et autres déchets organiques, cap sur le compostage ! Facile à mettre en place dans votre maison si vous disposez d’un jardin, le compostage vous permettra d’obtenir un engrais  pour vos plantes. En appartement ? Des solutions existent ! Récoltez vos déchets et déposez-les dans un lieu de compostage collectif (malheureusement souvent surchargé) ou dans un jardin partagé par exemple ! Vous pouvez également opter pour un lombri-composteur ou faire une demande pour un composteur collectif via le syndicat de votre résidence. Enfin, pour les déchets jetés dans la rue, sur la plage, à la montagne par ceux qui n’ont pas encore pris conscience de la gravité de la situation… Enfilez votre cape d’éco-citoyen et n’hésitez pas à amasser ! Une initiative ludique a d’ailleurs été mise en place par le restaurant Badaboom à Nice et plus particulièrement une coach sportive, membre de leur communauté. « Nous avons lancé en juin dernier le plogging, entame Barbara Basalgete, Fondatrice du Bistrot Végétal Badaboom. Il s’agit de se réunir par groupe et de faire son jogging avec un sac à la main pour ramasser les déchets rencontrés au fil de notre course ou marche rapide. » L’objectif ? Organiser ce type d’évènements une fois par semaine dans le but de mettre en place, en partenariat vec la Ville de Nice, un pacte social et environnemental. Une initiative qui se déploie également dans d’autres communes du département. “Chaque individu a des pouvoirs pour un grand impact, conclut Barbara. Notre voulons oser le bien-être ! A travers notre cuisine au restaurant, mais aussi grâce à toutes les actions que nous mettons en place au quotidien. Celle-ci entre d’ailleurs dans le cadre de l’initiative “Everyday earth”. L’écologie individuelle pour la communauté, cela fonctionne ! Il ne faut jamais se décourager”.